au sujet de la Catalogne

Au sujet de la Catalogne

(d’ici)

 

On observe depuis désormais plusieurs années que, des bases historiques de la critique révolutionnaire, plus grand chose n’est acquis. Mais qu’on en soit, en 2017, à débattre du bien fondé de l’indépendance de la Catalogne, région la plus riche d’Espagne, ou de l’auto-détermination du peuple catalan, est assez inquiétant.
Nous sommes encore nombreux à être tentés de croire que les nationalismes, après les
quelques ravages qu’ils ont causés au vingtième siècle, sont loin derrière nous. Mais la réalité vient trop souvent nous rappeler qu’il n’en est rien, et que, dans ses versions de gauche ou progressiste, le fléau nationaliste a encore de beaux jours devant lui. Il n’a bel et bien jamais cessé d’être une force active de premier ordre, et d’exercer un attrait sur les populations et sur bon nombre d’individus, y compris sur ceux souhaitant vivre tout autrement.

C’est ainsi que des « révolutionnaires » soutiennent aujourd’hui la prétendue auto-détermination du prétendu peuple catalan, et qu’ils appellent à se joindre au mouvement catalaniste sur des bases autonomes qui ne feraient pas le jeu des politiciens qui le dirigent. Comme si une telle chose était possible ! Comme si, en se joignant aux foules mobilisées derrière le patriotisme et le chauvinisme, toutes enivrées de la symbolique des drapeaux, il était possible de faire entendre une voix minoritaire et discordante, porteuse du projet d’en finir avec tous les États. Comme si tout ceci n’était pas l’exact contraire, une opposition complète et définitive à l’idée d’autonomie.

Nous ne reviendrons pas sur la critique du concept de nation, qui ne peut constituer qu’un principe de base de la critique anti-autoritaire. C’est plutôt sur la question catalane que nous proposons ici quelques arguments, qui nous semblent pouvoir être utiles dans la situation actuelle.

 

 

Une histoire catalane spécifique ?

Comme toute idée de nation, celle d’une nation catalane a de quoi provoquer quelques haussements de sourcils circonspects.
Dans une Europe méridionale
civilisée et hiérarchisée depuis plus de deux mille ans, qui a connu l’influence notoire de l’Empire Romain (voyez « notre » conception du droit, en Catalogne c’est à peu près kif-kif), puis de l’Église catholique ou de diverses civilisations maghrébines i, la Catalogne a émergé comme puissance importante à partir du Moyen-âge.
Le Premier État Catalan est né en 1162, avec l’unification de plusieurs comtés auparavant sous le contrôle de seigneurs locaux. Sa cour adopta alors le catalan comme langue officielle.
Plus tard, la région sera intégrée a Royaume d’Espagne, en conservant certains privilèges institutionnels, les
fueros, négociés par ses élites pour elles-mêmes, et non pour les beaux yeux des miséreux, de l’exploitation desquels elles vivaient, non sans quelque luxe tapageur du côté de Lérida, de Gérone, etc.

C’est à cela que l’on se réfère lorsque l’on parle de nation catalane. C’est dans ce passé mythique que les catalans d’aujourd’hui puisent leurs origines.

Certains « libertaires », qui fantasment sur une ancienne autonomie, éludent évidemment ces sujets qui fâchent. Il n’y a en réalité jamais eu, dans l’histoire de la Catalogne, une quelconque autonomie populaire, si l’on désigne par-là le résultat, les acquis d’une opposition à ses élites, pas plus qu’il n’y en a eu en Provence ou en « Occitanie » voisinesii.
Partout, les luttes historiques des paysans ou des artisans ont été confrontées aux diverses fractions de pouvoir : celles de la monarchie, de l’Église ou de la noblesse commerciale et marchande, lesquelles n’ont cessé de revendiquer et de négocier des privilèges locaux vis-à-vis du Centre, contre leur fidélité à celui-ci.
Le dépassement de ces rapports hiérarchiques, qui ont structuré très tôt les sociétés de l’Europe méridionale, a été la principale limite rencontrée par les mouvements insurrectionnels du Moyen-Âge et de la Renaissance, qu’ils aient eu une forme religieuse ou non.

La Catalogne n’a pas échappé à la règle. Au XVème siècle, la révolte des paysans catalans contre leur statut de serfs (la remença), trouva même le soutien du Roi Ferdinand II d’Aragon contre les nobles catalans !
Même dans des mouvements où l’antagonisme avec les riches était plus affirmé, comme celui des paysans de 1640iii, qui trouva un écho dans les villes de Catalogne, on criait lors des combats « Vive le Roi » ou « Vive la Sainte Mère l’Eglise ».

La langue, tout comme l’organisation sociale, est largement issue des rapports hiérarchiques des sociétés de « notre » région du monde. Il existe bien évidemment des particularités, des pratiques sociales qui peuvent s’opposer à certaines formes de pouvoir, ou au pouvoir lui-même, et qui se forgent notamment dans les luttes.
Mais cette Europe méridionale n’est pas une région de « peuples » qui auraient conservé un mode de vie et des logiques « autonomes » vis-à-vis du pouvoir extérieur, comme cela a pu exister dans des régions du monde où vivaient des populations tribales n’ayant pas connu les civilisations.
C’est un territoire dont les frontières ont bougé, une région de cathédrales et de châteaux, la terre des croisades contre les Cathares et de la Cité des Papes, de l’Inquisition et du commerce, de la colonisation.

La Catalogne, dans son histoire, n’a rien qui la distingue nettement du reste de la région : elle a connu l’influence des mêmes civilisations, celle de l’Eglise catholique, puis le féodalisme, l’expulsion des maures et des juifs, la participation à la Conquête des Amériques, et la transition petit à petit vers un capitalisme moderne.
L’élite catalane, une fois intégrée au Royaume d’Aragon, participa bien, contrairement à ce que voudraient faire croire certains catalanophiles, à la colonisation. Bien que la région ait été en déclin économique à cette période, la marine catalane affréta
de nombreux navires pour les Amériques. Christophe Colomb nomma une des îles des Antilles Montserrat, en référence à la Catalogne. Il chosit pour chef militaire, lors de sa deuxième expédition, le catalan Pedro de Margarit. Plusieurs catalans furent nommés « Vice-Rois du Pérou », comme Navarra y Rocafull ou Manuel D’Amat i de Junyent. Et si parmi les conquistadores catalans de renom, on ne compta certes pas autant de catalans que de basquesiv, l’histoire se souvient tout de même de sympathiques personnages tels Joan Joan Orpí i del Pou, dernier conquérant du Venezuela, Gaspar de Portolá au Mexique, etc.

Lors des siècles suivants, la Catalogne se plaça du côté des Habsbourg contre les Bourbons dans la guerre de succession espagnole de 1719, ce qui lui fit perdre ses prérogatives au triomphe des derniers.

 

 

Le nationalisme catalan

A partir du XIXème siècle, alors que l’Espagne faisait figure de région misérable d’Europe, ravagée par la cupidité de ses élites, qui surexploitaient depuis des siècles les paysans, les bourgeois catalans, parfois « formés » dans les colonies, se lancèrent les premiers dans le développement industriel. La région connut un véritable boom économique, qui commença dans le textile, grâce à la machine Watt et à l’eau, qui coule en abondance depuis les sources des Pyrénées.
Cette époque devint
celle du faste des industriels catalans, dont certains construisirent des Empires. On fait d’ailleurs référence à la culture qui l’accompagna sous le terme de Renaixença (« Renaissance »).

Cette bourgeoisie avait une logique paternaliste, le culte du Progrès, et mit en avant le développement culturel de sa région. La Catalogne vit le développement du modernisme en architecture, directement financé par les dons des riches catalans, dont Gaudi est devenu le plus célèbre représentant

Se développa parallèlement, et en opposition, un mouvement ouvrier combatif, qui contribua largement à poser les bases des théories collectivistes puis communistes-libertaires dans le dernier quart du XIXème siècle. La classe ouvrière de Catalogne devint vite une force révolutionnaire majeure, et Barcelone était, dès la fin du XIXème siècle, l’une des principaux foyers révolutionnaires d’Europe. On l’appellera la rosa de foc, la « rose de feu », tant les soulèvements y étaient fréquents.
Les anarchistes y étaient pratiquement hégémoniques, et toutes les références du prolétariat catalan sont liées à ce courant, des procès de Montjuich de 1896-1897 à la Semaine sanglante de 1910, du soulèvement de 1917 à l’insurrection de 1932 dans le Haut-Llobregat, jusqu’à la révolution de 1936.

Il serait faux de simplifier l’histoire à outrance en éludant ses ambiguïtés : dans les rangs de la CNT catalane, qui devint la force révolutionnaire quasi-hégémonique à partir des années vingt, et qui accueillait ses membres sur une base de classe, certains ont pu adhérer aux revendications autonomistes, et même adhérer aux partis catalanistes. Mais l’organisation n’a jamais soutenu l’indépendance ou l’autonomie de la Catalogne, au contraire de ce que certains idéologues très intéressés ont pu écrire après coupv.

Il est surtout vrai qu’il a pu exister chez certains anarchistes catalans, l’idée que ce qui distingue les Catalans du reste des espagnols est leur culture, leur conception progressiste des mœurs ou des rapports sociaux, leur civilité. Cette identification avec les valeurs de la bourgeoisie est essentielle dans le sentiment nationaliste, et largement populaire, en Catalogne.

On trouve plusieurs témoignages de ces préjugés. Ils étonnèrent par exemple l’internationaliste Kaminski, qui relata dans son ouvrage sur la révolution espagnole Ceux de Barcelone (de 1937), la diatribe hautement chauvine et réactionnaire de l’infâme Federica Montseny, anarchiste devenue Ministre, et qui assumait alors neuf mandats officiels :

« Ici nous ne sommes pas en Andalousie […] En Catalogne, la femme est depuis toujours le centre de la famille. Nous n’avons jamais connu cet ordre féodal dans lequel la femme occupait le dernier rang… »
« Le sens de la maternité est chez les femmes catalanes tellement fort qu’elles ne renoncent à la joie d’être mères que dans des cas très graves. » [et v’lan pour l’avortement, soit dit en passant, qu’on la crédite d’avoir légalisé durant son passage zélé par les bureaux ministériels !].

Même des anarchistes catalans opposés à toute idée d’indépendance, comme José Peirats (qui sera d’ailleurs durement critiqué en 1977, lors de la reconstruction de la CNT, pour s’y être ouvertement opposé), se sont parfois fait les relais de ce mépris pour les espagnols arriérés. C’est ainsi qu’on lit dans Figuras del movimiento obrero espanol, un recueil de portraits d’anarchistes de son temps, que la CNT avait réussi à remporter « la bataille d’enrôler dans ses rangs ce torrent d’andalous et de murciens sous-développés vi».

Felipe Alaiz, plume talentueuse de l’anarchisme espagnol, écrivait dans le quelque peu démodé Hacia una Federación de Autonomías Ibéricas, en 1945, quelques passages encore très actuels sur la question du sentiment nationaliste catalan. Ils prouvent que la question n’a jamais cessé d’agiter les cerveaux, malgré son influence beaucoup plus faible à l’époque.

« La Catalogne a compté des hommes résolument convaincus que la soumission au centralisme typique de Madrid est une soumission dégradante […] Mais il y en eut aussi beaucoup, catalans ou pas, qui trouvaient dégradante la soumission du point de vue individuel, et non spécifiquement catalan. Comment comprendre que seul le catalan ait de graves dissidences vis-à-vis du centre ? Ce serait approuver un exclusivisme. »
« En quoi importe-t-il aux millions de castillans sans patrie, à ceux que la patrie blesse et saigne, qu’un catalan se plaigne amèrement qu’au Palais de justice, à la douane ou dans les journaux de la fichue patriotarderie espagnoliste, on lui nie sa patrie ? »
« L’espagnolisme est une chose si grossière qu’on ne peut la combattre avec des pleurnicheries. Désencombrons-nous donc tous de la patrie, et qu’on passe à autre chose ! »
« Soyez séparatistes de l’injustice ! Affirmez le droit intégral à l’autonomie indiscutable qui commence en vous-mêmes, et non dans un bureau, ou aux pieds de la vierge de Núria.vii »

Il existe en Espagne une logique assez forte de revendication de prétendues identités locales, et les nationalismes s’appuient sur ces localismes ou régionalismes. C’est en Catalogne et au Pays Basque, les deux régions de plus fort développement industriel historique, que ces revendications ont pu se développer et devenir de véritables nationalismes. [voir le note dans la boite commentaires en bas]
Le Pays basque a connu tous les épisodes historiques que nous avons évoqués, mais à la différence du catalan, la langue basque est profondément unique, et ses origines étrangères à la Péninsule ibérique.
En Catalogne, le sentiment comme l’idéologie nationalistes catalan ont cette spécificité qu’ils se réclament d’un passé glorieux, moderne, par opposition au sous-développement du reste du pays. La bourgeoisie catalane assimilait révolutionnaires et immigrés des autres régions d’Espagne, et utilisait le terme méprisant de
murciens pour les désigner.
Jusqu’au début du vingtième siècle, ce sentiment restait encore de l’ordre du chauvinisme régional, qui tirait peu à conséquences : le projet révolutionnaire unissait une grande partie du prolétariat espagnol au-delà des identités ; les migrations internes vers les centres urbains, et vers Barcelone en premier lieu, étaient importantes, et les expériences de révolte et d’insurrections finirent par culminer dans la révolution de 1936.

Auparavant, certains avaient bien tenté des rapprochements avec les catalanistes, comme le futur Ministre de la CNT García Oliver avec Francesc Macià, chef du Parti Estat Catalàviii : il avait quitté le Congrès de Marseille de 1926 devant la réprobation de son organisation.

Le courant politique catalaniste connût un certain développement à partir des années 20, et se constituèrent plusieurs formations politiques qui évoluèrent avec le temps. Il y eut d’abord la Ligue Régionaliste, de droite et conservatrice, puis plus tard des organisations de gauche, démocrates, avec la plupart de ceux qui se réclamaient alors du marxisme en Espagne.
C’est surtout la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) qui eut un succès important dans les années 30. Durant la Seconde République, l’ERC et Estat Català s’intégrèrent au
gouvernement catalan. Les escamots, groupes paramilitaires d’Estat Català, étaient utilisés pour briser les grèves et assassiner les anarchosyndicalistes. Le chef de la police Miguel Badia, d’Estat Català, devint l’ennemi numéro 1 des anarchistes des groupes d’action, qui finirent par le tuer en 1936 avec son frère, autre réactionnaire notoire.

Estat Català et d’autres catalanistes de toutes tendances proclamèrent la formation d’un État Catalan dans la République espagnole en 34. Leur première mesure fut d’attaquer les bureaux de Solidaridad Obrera. Le gouvernement central brisa le mouvement, dont les meneurs les plus actifs trouvèrent réfuge à l’étranger, en Italie fasciste par exemple.
Parmi eux,
Josep Dencàs, qui se définissait comme « national-socialiste », ou Daniel Cardona, leader de Nosaltres sols (« Nous seuls »), l’aile fasciste d’Estat Català, qui ne cessa d’entretenir des liens avec l’Italie fasciste.
Ces idéologues développaient
une idéologie raciste inspirée de Gobineau, et prônaient la guerre des races sur le sol espagnol. Leurs théories étaient dans la continuité du racisme scientifique, qui se développa très tôt en Catalogne. Enric Prat de la Riba avait publié La question catalane en 1898, financé par le français Jules Guérin de la Ligue Antisémitique. Il y eut ensuite un nombre important de travaux qui développèrent le concept d’une race catalane spécifique du point de vue biologique, comme ceux de Pompeu Gener (proche de la revue Joventut, porte-voix d’un courant culturel influent – Gener fréquentait Picasso), puis d’autres, qui eurent une influence non-négligeable sur les leaders politiques catalanistes.

En juillet 1936, les catalanistes qui ne soutenaient pas Franco (comme la Ligue Régionaliste) entrèrent dans le gouvernement et y gagnèrent peu à peu de l’influence en se rapprochant des démocrates ou des staliniens. Ils s’opposèrent tous à la révolution sociale en cours, que ce soit l’ERC, républicaine de gauche, les petites formations politiques dans les campagnesix ou le PSUC, ferme partisan de la classe moyenne catalane contre les collectivisations, et dont l’ennemi juré était le POUMx, marxiste, qui osait critiquer l’URSS. Le PSUC accusa ses membres d’êtres des agents de Franco et fit tout pour s’en débarrasser.

Enfin, Estat Català, qui avait quitté l’ERC avant le mois de juillet, et dont le leader était toujours Dencàs, réunit plusieurs groupes catalanistes, participa à tous les complots contre la CNT et les révolutionnaires, et se trouva sur les barricades en mai 37 du côté des staliniens. Certains de ses membres fomentèrent un Coup d’État pour proclamer l’Indépendance de la Catalogne, qui ne fonctionna pas. Plus tard, ils tentèrent de négocier la reddition de la région avec Mussolini, en discutant d’une protection accordée par l’Internationale fasciste, dont les troupes combattaient les révolutionnaires en Espagnexi

Révolutionnaires catalans prêts à proclamer le
communisme libertaire

 

« Autonomie » et « indépendance »

C’est surtout après le franquisme, qui interdit la langue catalane, qu’a réémergé, avec plus de vigueur qu’auparavant, le projet autonomiste, puis indépendantiste, en Catalogne. Il servira avant tout à l’élite locale à polariser l’intense luttes des classes qui se livrait alors partout, notamment dans les usines, sur la question identitaire, et à négocier avec l’État central un statut d’« autonomie » politique particulier.

La Catalogne obtenait son parlement, ses ministres, la reconnaissance du catalan comme langue officielle en 1978 à travers des accords signés après le Pacte de la Moncloa de 1977, lequel sanctifiait la « transition démocratique ». L’essentiel des anarchistes et des révoltés s’opposèrent logiquement à cet accord entre la bourgeoisie et l’État, y compris en Catalogne. La CNT catalane organisa une manifestation en octobre, avec l’UGT et les Commissions Ouvrières de la région, pour s’y opposer ; elle réunit 400.000 personnes dans les rues de Barcelone.

On ne peut comprendre l’explosion récente de l’indépendantisme catalan sans prendre en compte la pacification importante qui a suivi les mouvements de révolte des années 60 et 70, puis la baisse d’intensité générale de la lutte des classes en Europe.
Mais ce serait une erreur de s’y limiter, car des luttes sporadiques ont continué d’agiter l’Espagne, et ce n’est qu’assez récemment qu’a triomphé, favorisé par la crise, le modèle citoyenniste espagnol.
Le mouvement, largement réformiste, du 15-M de 2001, a débouché sur de fortes logiques assembléistes dans les quartiers de Barcelone, ville-phare du mouvement des squats (les
okupas). Ce sont ces dynamiques, qui ont peiné à trouver un contenu radical, qui ont mené à un large soutien des formations politiques citoyennistes comme la coalition Podemos ou les catalanistes.
Podemos, grâce à sa politique d’alliances locales, a bénéficié de ce soutien et triomphé aux élections régionales puis générales de 2015 sur la promesse d’une réforme générale du système politique espagnol. Il n’y avait là rien d’autre qu’un réformisme classique, qui a su prospérer sur la naïveté, la confusion et les aspirations des jeunes prétendants à la classe moyenne un temps privée de leurs débouchés.
A Barcelone, c’est Ada Colau, de gauche, ancienne militante
anti-globalisation, et qui fréquentait certains squats alternatifs de Barcelone, opposés à la gentrification, qui sera élue maire de la ville.

Carlos Puigdemont, actuel Président de la Generalitat (le gouvernement catalan), représente lui la droite indépendantiste catalane, qui a pris l’initiative de pousser la revendication d’indépendance jusqu’aux épisodes de ces dernières semaines. Les partis de la gauche indépendantiste s’étaient bien évidemment ralliés à ce projet qu’ils sont les premiers à défendre.

Au-delà de ce qui semble différencier toutes ces formations politiques, le phénomène que l’on observe est celui d’une forte polarisation autour du citoyennisme et des formations politiciennes, qui dans le marécage politique ne s’excluent pas mais se font écho : la démocratie, c’est bien la possibilité de passer de l’un à l’autre comme on change de vêtements. Suivre les jeux d’alliances, notamment sur des questions comme l’eau, s’avère vite parlant, tant elles se font et se défont au gré des périodes !

Cette polarisation se confirme si l’on observe la baisse considérable des luttes dans les différentes régions d’Espagne depuis 2011, et plus encore depuis le triomphe de Podemos en 2015.

Le contexte est aussi celui d’une Catalogne qui n’est pas sortie affaiblie de la « crise » récente : son économie se porte plutôt bien (en 2016, son PIB a dépassé ceux des meilleures années d’avant la crise), Barcelone attire des investissements étrangers, des touristes et des jeunes cadres dynamiques du monde entier, et même le processus de gentrification a atteint récemment son apogéexii.
On sait que les « crises » sont aussi des périodes de réajustement du Capital, permettant de liquider ce qui fait obstacle à sa croissance, tout en assurant celles et ceux qui en font les frais qu’on s’occupe d’eux. Cela a fonctionné, puisque c’est en grande partie le discours politique sur la gestion de la crise qui a attiré de nombreux catalans vers les formations si populaires aujourd’hui, et renforcé le sentiment identitaire par la même occasion.
Le discours politicien a beaucoup insisté sur l’idée que le reste de l’Espagne était responsable de la « crise », qu’elle n’avait pas sû prévenir et gérer, et les catalanistes se sont retrouvé derrière l’argument, sans cesse martelé dans les médias, que la Catalogne paye trop d’impôts pour les autres régions d’Espagne.

C’est avec le succès de cette propagande populiste qu’on mesure à quel point le réalisme économique fait des prodiges : il fait oublier que nous sommes toutes et tous soumis aux impératifs du Capitalisme et au contrôle de l’État, et avaler que la Catalogne et l’Espagne vivent dans des sphères économiques séparées !

Autre facette de ce populisme, le discours victimiste des indépendantistes catalans, qui joue sur le registre plus émotionnel de l’oppression centraliste, avec principalement le rappel de l’interdiction du catalan pendant le franquisme comme négation de la culture catalane par l’État « castillan ».
Mais pour qui veut rester sérieux, l’oppression des catalans par le pouvoir central espagnol relève de la blague. Dans le monde industrialisé et nucléarisé d’aujourd’hui, comment croire un seul instant que les mécanismes d’exploitation, d’oppression et de contrôle auxquels sont soumis tous les habitant-e-s de l’Espagne ne sont pas sensiblement les mêmes ?
Un peu plus et on placerait au même niveau la situation des Rohingyas de Birmanie ou des Indiens du Brésil et celle des « catalans » !
La réalité parle pourtant d’elle-même : la Catalogne est la région la plus riche d’Espagne, et constitue même l’un des poids-lourd européens !
En outre, les régions de l’Espagne centrale (en particulier la Castille et l’Aragon) que les catalanistes fustigent tant pour leur prétendu soutien au centralisme de Madrid, ont été parmi les plus ravagées par l’exode rural des années 1950, qui a fait de l’Espagne, en quelques années à peine, un pays très largement urbain.

Même la question de la langue catalane est un faux débat. Il a certes dû être encore pire pour les catalans de vivre l’oppression franquiste sans la possibilité de parler la langue qu’ils pratiquaient. Mais l’oppression ne se borne jamais à la seule interdiction d’une langue. Et le problème est réglé depuis belle lurette par le droit et les institutions.

Le catalan a d’ailleurs, comme l’Occitan, subit le processus d’homogénéisation nécessaire à la consolidation de tout projet politique. Peirats, dont la langue maternelle était le catalan, le signalait déjà en 1974, bien avant la signature du décret le plus important, celui de 1983.

« Les philologues micro-nationalistes politiques se sont vus obligés d’imposer l’unité par décret (à la mode castillane, comme la répugnante académie centralisatrice), fabriquant ainsi, avec le catalan moderne, une sorte d’Espéranto que le peuple ne sait pas parler et qu’il comprend à peine. »xiii

Entre temps, on ne parle heureusement pas que catalan en Catalogne. La région est depuis toujours une terre d’immigration. Bon nombre de prolétaires catalans sont des philippins, des colombiens, des équatoriens ou des marocains, qui se fichent pas mal d’être mangés à la sauce catalane ou espagnole, à celle du centralisme national ou périphérique, de l’idéologie d’une Espagne une et indivisible ou de celle des apôtres de l’auto-détermination d’eux-mêmes.

 

 

Les événements récents

Les faits de ces derniers jours ont montré la capacité du pouvoir catalan à mobiliser une grande partie des secteurs actifs des mouvements sociaux derrière ses initiatives, contre une quelconque autonomie des luttes.

Le suivisme de larges secteurs prétendument radicaux a atteint son apogée dans la grève générale du 3 octobre, appelée par la CNT et de petits syndicats par pur opportunisme. Feignant d’agir de façon autonome, ils comprenaient bien qu’il s’agirait d’un mouvement directement promu par le Pouvoir politique et certains patrons, sur lequel ils pourraient capitaliser.
Et c’est ce que le mouvement a bien été : les entreprises ont fermé en soutien au projet de référendum lancé par Puigdemont menacé par le gouvernement espagnol. Cela n’a d’ailleurs rien de surprenant : la CUP, parti indépendantiste de la « gauche radicale » avait largement annoncé que la grève en question devait servir à pousser vers l’Indépendance, et la droite ne s’y est pas opposée.

Il y a tout de même de quoi être pris d’horreur lorsqu’on lit l’extrait qui suit, tiré de l’appel à la grève générale du 3 octobre, signé par divers groupes et organisations libertaires :
« 
nous défendrons toujours le droit à l’auto-détermination des peuples – à commencer par le nôtrexiv.»
Ce
sont les vieux cénétistes qui doivent se retourner dans leur tombe, devant un opportunisme si manifeste, et l’abandon de tous les principes d’autonomie les plus basiques.

Dans la situation européenne actuelle, où les questions identitaires sont au centre de manœuvres politiciennes, et donc un enjeu réel de pouvoir, le risque est que cette dynamique s’approfondisse et qu’elle ne vienne menacer de plus en plus durablement la bonne vieille question sociale, déjà en lambeaux devant le contrôle de l’État, de ses relais (comme les syndicats) et de l’idéologie dominante.

Il est donc de première importance de suivre ce qui se passe actuellement en Catalogne. Pas nécessairement pour saisir le moindre détail de ce processus politicien et réactionnaire, mais parce que son caractère nationaliste est fondamental pour comprendre les grilles de lecture actuelles, et le retour des nationalismes à prétention plus ou moins « neutres », de gauche et « progressistes » dans les discours.
Ce mouvement fait d’ailleurs suite à un certain engouement pour le mouvement nationaliste kurde au Rojava syrien. Malgré le fait que ce dernier présente tous les symptômes manifestes d’une lutte classique pour le Pouvoir, faisant écho à des décennies de processus similaires, il a tout de même quelque peu redoré le blason du nationalisme de « gauche »xv à l’international.

Quoi qu’il se passe dans les temps à venir en Catalogne, il est évident que cela contribuera à favoriser les conceptions nationalistes et identitaires, au détriment d’une critique anti-autoritaire de toutes les formes de pouvoir.
Les événements de Catalogne ont d’ores et déjà entraîné de larges mobilisations de soutien, notamment dans le Pays valencien voisin, ou provoqué des réactions de masses d’individus favorables à l’unité espagnole, dans des rassemblements massifs où le drapeau espagnol a flotté comme jamais. Et on a même vu des rassemblements d’indécis partisans d’un dialogue entre tous les bords, comme si un tel dialogue avait été un jour rompu !

Les petits arrangements du Pouvoir catalan de ces derniers jours montrent bien sa propre hésitation devant son « projet » d’Indépendance, et sa volonté d’entrer en négociations avec l’État central.
La Catalogne, qui prétend former un État, n’a évidemment pas comme objectif de se passer de liens, économiques et politiques, avec ce qu’il aspire à imiter, à plus petite échelle.
Les questionnements sur la
viabilité économique d’une Catalogne indépendante sont une absurdité qui légitiment l’économie comme discipline spécialisée.
Ce que nous savons bien, nous qui ne sommes ni politologues ni économistes, c’est que l’exploitation et le système actuels, parfaitement
viables du point de vue de l’économie, ne le sont nullement pour nous.
Il est évident que l’économie est parfaitement capable de fonctionner en Catalogne, et que, quel que soit le statut qu’elle obtiendra dans les temps à venir, l’exploitation continuera d’y être ce qu’elle est aujourd’hui.

Les sauve-qui-peut de certaines entreprises devant le processus actuel, ou la question de la dette, ont pu « faire peur » à certains représentants de la bourgeoisie… mais ils peuvent surtout servir à démonter l’absurdité d’un tel projet. Pour la bourgeoisie, l’économie catalane actuelle se porte bien, elle est viable.
L’indépendance de la Catalogne est une fausse question. Ce que poursuivent les politiciens catalanistes, c’est le renforcement de leur base, ce qui ne peut que leur assurer une plus grande facilité dans l’application de mesures allant dans le sens d’une exploitation sans cesse améliorée et approfondie.

Bien entendu, la modération actuelle dont fait preuve Puigdemont devant son propre projet d’indépendance (ratifiée au parlement mais non appliquée), peut être coûteux politiquement, et finir par rendre manifeste aux yeux de beaucoup ses contradictions.
Mais, derrière, tout un mouvement politicien de masse, légaliste et citoyenniste, est prêt à en profiter, et pourra surfer sur la vague identitaire et nationaliste (du centre ou périphérique) pour l’orienter dans le sens qui l’arrange.

L’abandon, petit à petit, de ce qui constitue les fondements d’une critique révolutionnaire du Capitalisme et de l’État, est ce qui amène les mouvements à se retrouver, par opportunisme, sur le terrain des politiciens réformistes, et les entraîne à la longue dans des logiques dont il est de plus en plus difficile de sortir.
Les mouvements et les groupes révolutionnaires de ces dernières années sont responsables des limites qu’ils se sont fixées, et de l’ouverture de leurs discours vers la défense de concepts aussi ambigus que les peuples, les cultures (ce terme issu des sciences sociales, excellent outil marketing pour la valorisation des territoires) ou les communautés. Il est donc naturel qu’ils finissent par se retrouver ouvertement dans le camp du nationalisme et de la bourgeoisie, tout en prétendant critiquer cette dernière.

Le nationalisme et les identités nous font dégoûtent : il n’y a rien de pire, de plus mesquin que cet attachement forcé à ce qui est censé nous appartenir, que cette injonction à se conformer à l’existant.
Car c’est bel et bien tous les rapports, la réalité sociale dans sa totalité que nous voulons transformer.
Les
identités, et les autres limites que l’on pose dans les rapports entre les individus sont des prisons, des chaînes, des entraves à la construction de la vie totalement différente que nous aspirons à vivre.

Il n’y aura pas de libération vis-à-vis de ce qui nous opprime si nous ne dépassons pas dès maintenant cette étroitesse de vue intéressée qui nous lie pieds et poings à une patrie ou à une nation, qui prétend nous assimiler à ceux avec lesquels nous sommes censés partager une identité (avec lesquels nous sommes donc censés être identiques).
C’est sur la base de l’unicité des individus que nous souhaitons construire nos rapports sociaux (ce qui n’implique pas la séparation propre à la conception individualiste libérale), et non sur l’identification avec un lieu de naissance ou les valeurs de l’entité qui l’englobe.

Il n’y aura pas de libération si nous ne faisons pas le choix de nous reconnaître dans celles et ceux qui se révoltent, qui luttent dans une recherche de cohérence pour exercer tout le contrôle sur leur vie. Ce sont ceux-là qui partagent nos valeurs et parlent notre langue.

Solidarité avec les internationalistes de Catalogne qui dans la tourmente actuelle font le choix de résister !

 

 

Sous la plage les pavés

15 octobre 2017

 

 

Notes de bas de page

i Ces civilisations maures ou mauresques, que l’on crédite du développement de l’agriculture en Espagne (toujours cette vision du Progrès comme moteur de l’histoire), étaient tout de même hiérarchisées, et l’Espagne d’alors n’est pas devenue comme par miracle, en quelques années, un paradis sur terre arabo-hispano-juif. Cette fable, habituellement transmise, fait l’impasse sur la réalité sociale d’alors, celle d’une société de classe traversée de conflits, où les rivalités entre « communautés » étaient loin d’être inexistantes.

ii Contrairement à ce cherchent à nous faire croire les adeptes d’une lecture culturelle de l’histoire. Voir des ouvrages comme Histoire universelle de Marseille, où tout est toujours plus beau à Marseille, même dans le monde féodal et sous le capitalisme.

iii Antoni Simon Tarrés, Catalunya en el siglo XVII, la revuelta campesina y popular de 1640.

iv Certains historiens estiment qu’en proportion de la population espagnole d’alors, c’est du Pays Basque que partirent le plus de conquistadores mater les sauvages des Amériques et piller leurs terres ! Au-delà des spéculations sur les chiffres, cela rappelle surtout que le développement de la classe marchande basque a été plutôt précoce, et qu’elle n’a pas été la seule à bénéficier de terrains gratis outre-mer : il lui fallait bien des hommes, et ce fut, pour certains pauvres, une manière d’accéder à la propriété sans avoir à se coltiner les seigneurs, plutôt seignants, qui régnaient sur Euskal Herria. Les maisons que se construisirent les nouveaux riches dans les villages du Pays Basque, jusque dans les régions les plus isolées, en témoignent, tout comme les noms basques que portent beaucoup de villes et de villages d’Amérique Latine. Tu parles d’un peuple opprimé !

v La CNT n’a jamais pris de résolutions de Congrès allant dans ce sens.

vi Ediciones Picazo, page 90. Traduit de l’espagnol par l’auteur du texte.

viiEdiciones de la Fundación Anselmo Lorenzo. Traduit de l’espagnol par l’auteur du texte. La vierge de Núria se trouve au sanctuaire du même nom, où le premier statut d’autonomie de la Catalogne fut rédigé, en 1931. C’est depuis 1983 la patronne des skieurs catalans !

viii Alors en exil, il avait des visées insurrectionnelles et mit sur pied un plan pour assassiner le Roi d’Espagne.

ix L’article d’Antonio Gascón et d’Agustín Guillamón Antonio Martín, « Le Durruti de la Cerdagne » revient avec clarté sur cette situation (malgré les dogmes marxistes que défend Guillamón par ailleurs).

x Les idéologues du POUM n’étaient pas pour autant clairs sur la question des nations. Les dirigeants de ce parti, résultat de l’alliance de plusieurs fractions toutes ambigües sur la question du pouvoir politique, étaient pour la plupart passés par les rangs des formations catalanistes. Ils en vinrent à considérer que l’indépendance était insuffisante. Ce qui n’empêchait pas Audreu Nin (qui devint Ministre de la justice de Catalogne pour le POUM en 1936) de reconnaître à la Catalogne son droit à l’auto-détermination, dans une logique politicienne d’étapes vers l’émancipation comme il l’écrivit dans Les mouvements d’indépendance nationale (1935).

xi L’aviation italienne intervint aussi et bombarda la ville d’Alcañiz, en Aragon, le 3 mars 1918, quelques mois après Guernica.

xii Débarrasser les vieux quartiers du Centre, comme le Raval et le Barrio Gótico, de la racaille prolétaire, a été au centre des projets de la bourgeoisie catalane depuis plus de cent ans.

xiii Dans l’article du n°40 de Frente Libertario intitulé Macro y micronacionalismos, issu de la compilation réalisée par le CEDALL, 2016. Traduit de l’espagnol par l’auteur du texte.

xiv Pour la traduction, remercier la Coordination des Groupes Anarchistes (qui ne coordonne heureusement que les siens, ce qui est déjà beaucoup).

xv En témoigne la popularité dont il jouit dans la presque totalité des « mouvements sociaux » et des secteurs dits radicaux.

One Response to au sujet de la Catalogne
  1. Note venant d’un email:

    « Le Pays basque a connu tous les épisodes historiques que nous avons évoqués, mais à la différence du catalan, la langue basque est profondément unique, et ses origines étrangères à la Péninsule ibérique. » J’avoue que j’ai été interloqué, comme d’autres amis et amies proches d’obédience libertaire, par ce passage qui fait la part belle aux mythes fondateurs du nationalisme basque, reconstitutions a posteriori de l’histoire réelle de la région afin de justifier le projet de constitution de l’Etat nation à la basquaise.

    De tels mythes sont d’ailleurs dénoncés depuis longtemps non seulement par le célèbre texte de la fin des années 1970, « Contre le racket abertzale ou les insolences anti-patriotiques d’un métèque », mais aussi dans des communiquées des « Commandos autonomes anticapitalistes du Pays basque ». « Contre le racket abertzale » est désormais disponible en ligne : https://vosstanie.blogspot.fr/2012/08/contre-le-racket-abertzale-par-gaizki.html. Sur le mythe relatif à l’unicité et l’origine de la prétendue langue basque, voir en particulier les passages bien sentis sur le fondateurs du PNB, l’idéologue xénophobe, raciste et clérical, Sabino Arana Goiri, qui, bien entendu, formata et jeta les bases du basque unifié à la fin du XIXe siècle : création de la grammaire, de multiples néologismes, tels que le célèbre terme « Abertzale », etc.

    L’incomparable unicité et supériorité de la « race basque » en Europe était sensée être prouvée par des études linguistiques montrant que le basque n’était pas lié au groupe, défini à l’époque de la domination de la linguistique aryaniste, comme celui des langues indo-européennes. Par la suite, les linguistes basques successeurs d’Arana Goiri, y compris du côté d’ETA, tentèrent de rattacher le basque formaté par le père fondateur au groupe les langues finno-ougriennes. Ce qui ne fit pas l’unanimité du côté des nationalistes parce que bon nombre d’entre eux, en vrais racistes, tenaient, et tiennent encore, à leur prétendue supériorité linguistique.

    Depuis, modernité oblige, la biologie a pris le relais, d’abord à travers l’analyse des groupes sanguins, puis à travers celle des gènes. Par exemple, dans la population basque de « pure souche » – je reprend le terme utilisé par ETA –, c’est le groupe sanguin 0, Rh -, qui prédomine. La seule chose que cela révèle, c’est l’importance de la consanguinité dans les populations montagneuses de la région, évidemment pas la supériorité du « sang basque ». C’est pourtant des énormités de ce genre qui sont discutées jusque dans les réunions tenues dans la librairie nationaliste recyclée au moderniste de Bayonne, « Zabal » et ventilées dans ses rayons.

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