La communisation et le Grand bond en arrière (juillet 2015)

…la communisation en chine

mao gt le for 1

traduit du commentaire ici le 3 juillet 2015

Il est ironique que le terme de « communisation », tant chéri par celles et ceux qui pensent qu’il constitue la clé de la caverne aux trésors de la théorie à embout diamanté soit un terme qui a souvent été utilisé au moment de la tentative menée par Mao pour réaliser une accumulation primitive du capital de forte intensité : celle du « Grand bond en avant » (1958-1961). Que Roland Simon, dont les caricatures de « théorie » ont été à l’origine de l’utilisation actuelle du terme en vogue de « communisation », en ait fait une utilisation similaire à celles faites durant le « Grand bond en avant » (vers le désastre), c’est-à-dire pour désigner le processus dans lequel le prolétariat impose ses perspectives au reste de la population, invite à se pencher un instant sur cette période de l’histoire. Indépendamment des intentions antiétatiques apparentes de Simon, la mentalité politique qui vise à parler en termes abstraits pour représenter les désirs des prolétaires, dans une certaine démarche constituée d’un programme et d’une critique globalement « correctes » absolutistes, et existant au-dessus de l’histoire, a beaucoup à voir avec les expressions verbales du maoïsme à l’ancienne mode, celui que presque toutes celles et tous ceux qui ont contribué au mouvement visant à abolir l’ordre existant ont tourné en dérision il y a bien longtemps. Le fait que les communisateurs d’aujourd’hui insistent constamment sur le fait qu’ils sont contre l’État n’altère en rien la mentalité hiérarchique qui consiste à déclarer que l’on détient la vérité. Et il est possible que Woland lui-même participe à la dépossession des travailleur/ses grec-que-s de leurs terres, qui ont représenté jusqu’à présent une petite marge d’indépendance vis-à-vis du marché mondial et de l’esclavage salarié. Est-ce qu’une telle chose se produira, cela reste à voir, bien qu’il soit peu probable qu’il utilise le terme de « communisation » pour la justifier ; mais sait-on jamais.

lenin mao stalin

Au minimum du minimum (c’est-à-dire selon les chiffres du gouvernement chinois), le « Grand bond en avant » a fait 15 millions de victimes ; certains évaluent à 43 millions les victimes de la famine, et Franz Dikotter a récemment estimé leur nombre à 45 millions au moins. Le chiffre probable se situe autour de 35 millions de morts. Le responsable de l’agriculture de cette période était Tan Zhenlin, lequel déclarait, en 1958, « la communisation est la révolution communiste ». Il se référait à la collectivisation : obliger la paysannerie à adhérer à des communes, soit le Mouvement populaire de la Communisation (http://mt.china-papers.com/2/?p=207808). La résolution Peitaiho de 1958 appelait à la « communisation ». Le chapitre 6 du livre Eating Bitterness: New Perspectives on China’s Great Leap Forward and Famine s’intitule « Une introduction à l’ABC de la communisation : le cas du district de Macheng ». Des expressions telles que « l’esprit de la communisation » et « le vent de la communisation » étaient alors utilisées.

mao get le for 5

Le « vent de la communisation » semble plus approprié, puisque tout ceci est finalement du vent, un vent mauvais qui ne fait du bien à personne (NdT : traduction du proverbe anglais « an ill wind that blows nobody good »).

mao t le for 3

Du point de vue théorique, la communisation désigne l’obligation pour les petits collectifs de se dissoudre pour constituer des communes de large taille, impliquant l’élimination immédiate de la séparation entre unités de production, l’abolition de la propriété, des salaires, et des parcelles de terres individuelles. En pratique, cela s’est traduit par des brigades de cadres du Parti Communiste venues détruire les fermes, brûler les villages, confisquer tous les outils détenus par les paysans ainsi que leurs ustensiles de cuisine. Les paysans ont été emprisonnés dans des camps de travaux forcés. Tous les moyens indépendants de collecter, de stocker ou même de préparer de la nourriture ont été supprimés, et les cadres ont imposé un monopole sur les approvisionnements en nourriture pour les cantines communales, utilisé comme moyen de contrôle social. Ceux qui refusaient de coopérer étaient délibérément laissés sans nourriture. À titre d’exemple, dans la province du Henan, de l’été 1959 au printemps 1960, un million de personnes sont mortes de faim, soit 12,5 % de la population.

mao gt le for 7

Dans le livre Mao´s great famine (La grande famine de Mao), paru en anglais en 2010, Dikotter écrit : « […] Tan Zhenlin, chargé de l’agriculture, a parcouru les provinces du pays pour dynamiser les dirigeants. Il partageait la vision de Mao d’une corne d’abondance communiste dans laquelle les paysans feraient des dîners à base de nids d’hirondelles, porteraient de la soie, du satin et de la fourrure, et habiteraient des gratte-ciels avec eau courante et télévision. Chaque district disposerait d’un aéroport. Tan a même expliqué comment la Chine avait réussi à semer l’Union Soviétique : “des camarades se demanderont comment nous avons pu aller aussi vite, étant donné que l’Union Soviétique continue de mettre en pratique le socialisme plutôt que le communisme. La différence est que nous avons une « révolution continue ». L’Union Soviétique n’en a pas, ou alors elle la suit faiblement … la communisation est la révolution communiste !”. En réalité, le rôle de cette violente accumulation primitive du capital était de forcer les paysans à se prolétariser, à travailler sur des projets industriels ou dans des usines dans la seule logique de ne pas mourir de faim. De cette façon, dans un laps de temps encore plus court que celui qui va de la période des clôtures à celle des usines de l’Angleterre victorienne du XIXème siècle, la Chine a pu développer une économie moderne pour occuper une place compétitive sur le marché mondial, et soutenir les privilèges de classe du Parti Communiste.

mao 8

Lectures complémentaires :

China’s Economic Reforms, de Lin Wei et Arnold Chao (University of Pennsylvania Press, 1982, enanglais)

Village China Under Socialism and Reform: a micro-history 1948-2008, de Huaiyin Li

Tombstone: The Great Chinese Famine, 1958-1962, de Yan Jisheng (Farrar, Strauss and Giroux)

Mao’s Crusade: Politics and Policy Implementation in China’s Great LeapForward, d’Alfred L.Chan (OUP, New York, 2001) (pour le terme de « communisation », voir en particulier de la p.68 à la p.82)

The Chinese Communes, de E.Zurcher (1962)

mao nixon


Mes remerciements à X pour toutes ces informations et une grande partie du contenu de ce texte.

Traduit par : un Hooligan Hippie contre l’Hégémonie Hiérarchique

7 Responses to La communisation et le Grand bond en arrière (juillet 2015)
  1. Patlotch a écrit:
    salut

    le sens de communisation dans ce texte est connu, il y en a plein Google. J’avais fait la recension en 2006 :
    “communisation de la chine” > https://www.google.fr/?gws_rd=ssl#q=%22communisation+de+la+chine%22

    ça n’a aucun intérêt, la comparaison n’a aucun fondement, bref, c’est idiot.

    De plus c’est dégueulasse, d’autant que Dialectical Délinquants ne diffuse pas les textes sérieux, et que tu n’as pas mis en ligne mon forum http://communisation.forumactif.org/

    Je n’aime pas les gens malhonnête, et je dis merde aux anti-communistes comme toi !

    Inutile de me répondre, tu es un con !

    Patlotch

  2. Georges l'antigestionnaire du caca says:

    Le con c’est celui qui dit que le con c’est l’autre alors que le con c’est lui. Le con c’est Pat ne disant mot sur les ex- post- ex- post-bolcheviques “égarés” dans la nébuleuse pro-communisation, ainsi que sur les mandarinEs des cénacles universitaires du même purin qu’elle couve, et sur des individuEs aussi appréciablEs que leur semblable John Drury. Bon appétit.

    Pipi.Sucette : ni sur sa sympathie pour les indigènistes racistes et directeurs commerciaux en lobbying multiculturel, ethnique et confessionnel.

  3. marinus says:

    Un texte vraiment idiot! Vous est pathétiques!

  4. Apparement “marinus” a ecrit celui-ci a non-fides au sujet de ce texte:

    > A propos de l’article « La communisation et le Grand bond en arrière»…
    >
    > C’est un texte vraiment délirant! Vous ne disposez pas d’argumentations
    > moins idiots à opposer à la théorie de la communisation?

    non-fides, avec qui je suis d’accord, a répondu:

    “Délirant non, drôle oui. Parler d'”immonde” à propos de petits cercles de
    théoriciens en roue libre me parait quelque peu abusé si on prend en
    considération les enjeux inexistants de la “communisation”. Parler
    d'”immonde” montre d’ailleurs bien à quel point vous êtes en roue libre.
    Et il y a tout le reste du site où tu pourras trouver des arguments plus
    sérieux contre la communisation et d’autres formes d’antichambres pour
    ambitieux. Ainsi que de nombreuses critiques de cette propension à la
    schizophrénie sociale qui caractérise la plupart des formes
    d’intellectualismes et de gymnastiques théoriciennes stériles.

    En tout cas c’est rare de recevoir un mail de communisateur sans insultes,
    félicitations, bien qu’il semble qu’on ne vous enlèvera jamais cette
    mentalité de caserne et de parti. Toujours ce patriotisme théorique…

    « Vous qui n’avez pas d’instruction ! Détruisez cette culture ignoble qui
    divise les hommes en ‘’ignorants’’ et en ‘’instruits’’. On vous laisse
    dans l’obscurité. On détourne votre attention. Profitant des ténèbres
    qu’entretient la culture, on vous a dépouillés. »
    Bourevestnik, 1918.

    Salutations distinguées, tout ça tout ça…
    Et salut à Woland, Drury, Mylène Gaulard et tous les anonymes qui demain
    nous géreront.

    Un révolté sans doctorat (beurk !!!).”

  5. marinus says:

    Réponse à non fides:

    Mes chers « non-intellos » qui citent « Bourevestnik » et qui manifestement sont capables de parler au « peuple » et aux « ignorants », vous pardonnerez mon français hésitant…

    Si les « arguments plus sérieux » contre la théorie de la communisation auxquels vous faites référence, sont ceux contenus dans les textes d ‘André Dréan, ce sont pas des arguments : ce sont des pures conneries pleines de « patriotisme » anti-marxiste.

    Mais si cela est le niveau de la discussion, je vais essayer d’être délirante comme vous (je suis conscient, ça ne sera pas une mince affaire).

    Je pourrais alors vous dire que dès le « Manifeste des Seize » (1916), les anarchistes sont devenus des amis de l’État, un cancer pro-impérialiste à l’intérieur du mouvement révolutionnaire.

    Et à propos de la « schizophrénie sociale etc. », qu’est-ce qu’on pourrait vous répondre ? La plus grande partie des anarchistes que je connais, ils jouent à simuler l’insurrection et vivent grâce à la carte bancaire de papa et maman

    En conclusion, j’ai le suspect que votre haine pour les « communisateurs » ait une motivation inavouable : vous y voyez un concurrent dangereux qui pourrait vous déboulonner de la niche que vous gardez dans le marché des idéologies.

    Celui qui vit par l’épée périra par l’épée…

    Bonne chance !

    Marinus

    Post-scriptum : quant à Woland et à toutes ces gens-là, désolé, je n’ai pas « l’honneur » de les connaître.

  6. personne says:

    Le texte de Dikotter est décrié par beaucoup d’historiens sérieux. Loin de moi la volonté de nier que le GBA aurait causé une famine ; mais les chiffres cités ici sont très débattus, et doivent être mis en regard de la fréquence des famines avant Mao (et plus après… mais pour vous cela ne compte pas, c’est de l’industrialisme non ?). Pour rappel, Dikotter a un agenda très clair ; il a écris un livre entier pour réhabiliter la république du Kuomintang. En tant qu’anarchistes, se baser sur un auteur qui défend un régime explicitement fasciste c’est quand même moche…

  7. Dans cette article, je ne soutien pas les chiffres de Dikotter – pourquoi vous pensez le contraire?

    Sur cette site je cite des textes/articles de droite, de gauche, de toutes partis du spectrum politique; dans le cas de Dikotter, c’est que l’utilisation de mot “communisation” qui est pertinent de ce que j’ai écrit – son agenda n’a rien a voire avec ce fait. Vous pensez qu’il veux attaquer les communisateurs par cette citation – qu’il mente juste pour calomniser les communisateurs? vous pensez que le mot “communisation” est tellement dangereux à son désir de réhabiliter la république du Kuomintang qu’il doit mentir, qu’il manipule les gens juste pour faire un amalgam entre la politique de Mao et Tant Qu’il etc. ? ou quoi? Ailleurs je cite Eichmann et son rapport avec des sionistes; vous pensez que ca est aussi “moche”?

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

*