nos positions (1987)

 

positions

[Voici un texte non-publié datant de la fin des années 80. S’il n’a jamais été publié, c’est en partie parce que je trouvais qu’il faisait un peu « fanfaronnade ». Mais je reste fidèle à ce qui s’en dégage et à son état d’esprit général]

  1. Nous pensons que l’action des rebelles contre ce monde de merde doit être l’œuvre des rebelles eux/elles-mêmes, et que se faire chier à se présenter au Public avec une liste de pours et de contres équivaudrait à une auto-apologie condescendante, ou à nous excuser quand aucune excuse n’est nécessaire, distraction inutile de la tâche consistant à se mettre au boulot et à concevoir quoi organiser, et comment le faire, pour détruire ce qui est à l’origine de l’état de misère dans lequel nous vivons.
  2. Aux chiottes les programmes, donc ! Une situation pertinemment pensée, analysée, retournée et attaquée vaut une quantité infinie de « Nos positions ».
  3. La principale fonction des diverses variantes de « Nos positions » est de constituer un moyen, subtil ou plus évident, de recrutement : les auteurs et les diffuseurs veulent séduire les autres et les pousser à faire ce qu’eux font, activité qui leur semble d’avant-garde mais qui est aussi vieille et inutile que la politique elle-même (c’est-à-dire faire la propagande d’un ensemble de critiques « justes » mais fixes et toutes prêtes, dans l’espoir condescendant de rassembler. La logique de spécialiste « plus radical que moi tu meurs » de cette façon d’apparaître publiquement n’a foutrement rien à voir avec le vrai désir, ardent, de rébellion : la recherche qui vise à aiguiser nos couteaux contre la prison sans cesse grandissante autour de nous, la recherche des points faibles, d’une subversion conséquente, de quelque chose qui aille au-delà d’un bref moment de dignité, la recherche que constitue le combat de toutes celles et de tous ceux d’entre nous qui veulent sortir de cet enfer.
  4. Grâce à l’image collective du « nous », ils espèrent non seulement, et avec condescendance, rassembler, mais également protéger l’adhésion à la collectivité, en définissant étroitement des limites théoriques aux critiques que peuvent se permettre celles et ceux qui adhèrent à cette collectivité. La répression que cette logique entraîne fait en sorte que la collectivité devienne un cercle vicieux de camarades sans camaraderie en compétition pour renvoyer l’image la plus tendance.
  5. Si ce que nous voulons et ce que nous ne voulons pas ne ressortent pas de façon évidente de notre analyse de ce qui se passe réellement et de nos attitudes pratiques, alors aucune quantité de « Nos positions » ne pourra masquer un tel échec.
  6. Il est inutile de s’unir à des gens pour la seule raison que l’on partage avec eux une critique minimale, par exemple l’opposition à l’État, à l’économie de marché, à la démocratie formelle, etc. La solidarité (soit la reconnaissance mutuelle) contre l’autorité extérieure ne peut se développer à travers ce type de reconnaissance « théorique » de ses propres besoins dans ceux des autres ; la question du « Que faire ? » est plus importante que ce qu’il est possible de publier avec d’autres (même si ce « Que faire ? » peut inclure la production de textes écrits). Et « Que faire ? » est aussi une question de développement naturel à partir de l’amitié et d’une attitude non-arrogante de révolte au quotidien. Saoulons-nous ensemble !

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Traduit de l’anglais par Pi d’ici

 

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